Renouveler le logement social

Objectifs et context

Ce second concours «Repenser et redéfinir le logement social au centre-ville de Montréal» traite du logement social en tant que moteur potentiel et inusité de restructuration d’espaces urbains au centre-ville de Montréal.

Tout comme le premier concours LEAP lancé au printemps 2006, il vise à explorer les idées nouvelles que peut engendrer l’implantation de logement social en centre-ville dans un contexte canadien. Cette fois-ci, la ville et le lieu sont identifiés.

Il s’agit du secteur localisé entre les rues Guy, Sainte-Catherine, Peel et le boulevard René-Lévesque dans le quartier Peter-McGill à Montréal. Ce secteur qui a fait l’objet d’un important colloque à l’Université Concordia en 2003, se trouve à la jonction de zones significatives dans la définition du centre-ville, soit la Cité de la technologie, l’Université Concordia, la grande artère commerciale de la rue Sainte-Catherine, le centre des affaires et à proximité de deux importants musées, le Musée des Beaux-Arts et le Centre Canadien d’Architecture.

La photo aérienne ci-incluse identifie ces lieux. Lors de la seconde phase du concours, des plans et des illustrations présentant l’histoire et l’état actuel du quartier seront mis en ligne.

En haut: Détail - Libre-service - 2006. équipe CES22

En bas: Photo aérienne du secteur

Le secteur d’étude et d’intervention est particulièrement représentatif et exemplaire puisqu’il a été considérablement déstructuré au cours des quarante-cinq dernières années et qu’il est aujourd’hui principalement constitué de lots non construits  occupés par des stationnements.  L’histoire du centre-ville de Montréal est semblable à celle de plusieurs centres-villes nord-américains : il a graduellement été abandonné par les mieux nantis de ses habitants, laissant place à la prolifération des maisons de chambre et se transforme présentement sous l’effet de l’inversion de ce mouvement. Aujourd’hui, la construction de condos de luxes transforme le paysage montréalais et le site du concours, où seul un de ces projets a vu le jour jusqu’à présent, semble constituer le terrain idéal pour initier un renouveau dans la définition du centre-ville. Les projets qui émergeront de ce concours pourraient avoir un important impact réflexif tant des points de vue architectural et urbain, que politique.

En haut : Détail - Superpositions - 2006, équipe LWT01

 

Les questions de la gentrification, de la densification, du projet urbain et du mieux-vivre animent ce concours  et présentent autant de défis aux étudiants dans la recherche d’approches innovantes qui pourraient conduire à la réalisation de projets de logement social en centre-ville.

Plusieurs pistes de réflexion ont été présentées dans le règlement de concours de l’an dernier qu’il serait pertinent de considérer dans le présent concours.Cependant, quelle que soit l’approche privilégiée et puisqu’il s’agit d’un concours d’idées, les concurrents doivent surtout saisir l’occasion de réfléchir au potentiel du programme et du lieu et le donner à voir autrement que par la mire des promoteurs ou de l’administration municipale.

Le logement social a connu une timide renaissance et un renouveau certain à Montréal au cours des dernières années. La publication, en février, d’un numéro du Canadian Architect traitant du logement abordable et social en témoigne et présente également des projets exemplaires réalisés à Toronto et Ottawa. On y retrouve aussi une entrevue avec Gregory Henriquez de Henriquez Partners, une firme de Vancouver dont plusieurs projets abordent la question de l’inclusion sociale, et qui met en relief le rôle éthique de l’architecte. À Montréal, comme ailleurs au Canada, les critères de modestie qui pouvaient prévaloir dans les années 70 et qui ont justifié la construction de bon nombre de bâtiments d’une malencontreuse morosité semblent fort heureusement s’effacer au profit d’un travail d’architecture créatif.

À Montréal, la plupart des projets de logement social ou abordable sont construits à bonne distance du centre et loin des services et de plusieurs sources d’emploi potentiel. Le coût prohibitif des terrains ne favorise pas la réalisation de projets de logement social en centre-ville. Dans ce contexte, le développement de stratégies favorisant l’implantation du logement social en centre-ville doit être abordé.

Il est par exemple possible d’envisager la mixité d’usage et de réfléchir à un programme qui pourrait intégrer plusieurs types d’habitations (logement social, logement abordable destiné aux étudiants, logement locatif à prix régulier, condos de luxe, etc.) ainsi que des établissements commerciaux. Dans un tel scénario, le logement social n’est plus la seule composante du projet, mais peut éventuellement faciliter l’inflexion de la réglementation urbaine et permettre, entre autres, une plus grande densité. De plus, la mixité d’usage pourrait aussi éventuellement contribuer à conférer au secteur des qualités de quartier qui pourraient favoriser l’ancrage de la population.

La densification du secteur peut constituer une autre stratégie, divers partis, allant de la construction à l’alignement à la création de passages d’un îlot à l’autre, peuvent y contribuer et favoriser l’exploration de formes urbaines. À titre d’information, le COS (coefficient d’occupation du sol) requis par le plan d’urbanisme actuel varie de 4 à 6 sur les rues nord-sud et il est de 12 sur René-Lévesque.        


 
En haut : Détail - Habiter le centre-vide - 2006, équipe DIA06

D’autres approches, s’inspirant, par exemple, du manifeste, et le traduisant en réalité architecturale par un processus de réflexion rigoureuse sont également possibles. Ainsi, le «manifestival» «L’État d’urgence» du groupe d’artistes l’«Action terroriste socialement acceptable» qui vise à «stimuler la réflexion sur la condition humaine et la cohésion sociale» pourrait constituer une source d’inspiration, le présent concours visant à explorer largement les idées nouvelles.

De même, l’étude de projets verts tels l’ensemble Benny Farm ou le Beddington Zero Energy Development (BedZED) pourrait tout autant enrichir la réflexion des concurrents. L’ensemble montréalais Benny Farm a été l’objet de rénovations et de transformations extensives basées sur des principes de développement durable. Cet ensemble «propose une intégration sans précédent de bâtiments, d'infrastructures et de développement d'habitations sociales et communautaires» et jouit d’«infrastructures partagées relatives à l'énergie, à l'eau et aux déchets». Le projet britannique BedZED est, quant à lui, une éco-communauté au programme mixte qui minimise l’usage de l’énergie fossile.

Quelle que soit l’approche proposée, dans l’optique d’un concours où l’on considère le logement social en tant que moteur potentiel et inusité de restructuration d’espaces urbains au centre-ville, les projets devront témoigner d’une réflexion approfondie sur le logement social et sur l’habiter et exposer en quoi cette réflexion joue un rôle déterminant dans la définition du projet. Il est donc essentiel que les concurrents traitent clairement du logement, de l’espace logeant un individu, une famille ou un groupe, en tant que tel.

 


Le logement social

Le logement social est destiné à loger des personnes ou des familles à faibles revenus.   Les dimensions des unités de ce type de logement sont normées et tendent à répondre au minimum acceptable. Ce minimum varie d’un pays à l’autre et selon les exigences des organismes subventionnaires.

Dans le contexte canadien, la réalisation de projets de logement social est tributaire d'une aide financière gouvernementale et elle est souvent soutenue par des organismes sans but lucratif, des coopératives ou des organismes de charité (1). En règle générale, elle est le fruit de l'effort commun de plusieurs groupes.   La nécessité de regrouper plusieurs organismes afin de développer des projets de logement social est sans doute le reflet de la diminution de l'implication du gouvernement fédéral dans ce domaine. Déjà en 1988, les divers paliers gouvernementaux ne consacraient au logement que 2,8% du budget total réservé aux politiques sociales (2).  
 
Dans le plus récent budget fédéral du gouvernement conservateur déposé en mars 2007, aucune nouvelle somme d’argent n’est consacrée au logement (3). Cependant les besoins en logement social ou abordable n’ont pas diminué au Canada. Selon le Wellesley Institute, un groupe de recherche torontois qui traite du bien-être des communautés, 1,5 millions de foyers sont en attente de logements adéquats (4). C’est-à-dire que plus de 4 millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont mal logés, alors que la qualité de l’habitation a un impact significatif sur la famille, sur la santé et sur l’économie de nos villes et qu’elle contribue largement à notre bien-être individuel et collectif.

L’état actuel du logement social dans les centre-ville canadiens est disparate, à l’image du pays. La revue des projets soumis au concours de l’année dernière révèle une multitude d’approches et d’idées. Aussi, les concurrents sont fortement encouragés à consulter ces projets  sur le site du Catalogue des concours canadiens.

En haut : Détail - Topographie Sociale - 2006, équipeZYX89
En haut : Detail - Mind the Gap - 2006, équipe RCR89

(1)Prince, Michael J., «Holes in the Safety Net, Leak in the Roof: Changes in Canadian Welfare Policy and Their Implications for Social Housing Programs» Housing Policy Debate – Volume 9, Issue 4. (Fannie Mae, 1998.) 826.
(2)Prince, Michael J., “The Canadian Housing Policy Context” Housing Polcy Debate – Volume 6, Issue 3. (Fannie Mae, 1995) 724.
(3)Canada, Ministère du Finance. “Budget 2007” .
(4)Wellesley Institute. “First peek at federal budget 2007: Disappointment!” <http://wellesleyinstitute.com/blog/2007/03/19/first-peek-at-federal-budget-2007-disappointment/>.



Brève histoire de l’architecture des logements sociaux à Montréal

À Montréal, la présence à grande échelle de projets d’habitations sociales subventionnées apparaît après la Deuxième Guerre mondiale avec les maisons des vétérans qui suivaient le modèle de l’unifamiliale pavillonnaire typiques de l’environnement suburbain. Ces projets peuvent être rapprochés d’expériences prônées par le gouvernement du Québec pour la colonisation du Nord de la province qui défendaient des types architecturaux traditionnels.

Pourtant, peu après, dans les années 1940-50, suite aux expériences américaines et européennes, de nouveaux modèles collectifs apparaissent. Il s’agit dorénavant d’immeubles de logements, de quelques étages, qui procèdent d’une reconfiguration de l’îlot urbain où l’espace extérieur est collectif et réservé aux piétons.

Harold J. Doran, Benny Farm, Montréal, quartier Notre-Dame-de-Grâce, 1946-1948. Tiré de ABC, juillet 1947.

 

D’une esthétique moderne, la modestie de l’expression et l’économie des moyens favorisent un parti-pris pour une approche minimaliste et fonctionnelle au sens où on l’entendait alors. Cette architecture témoigne autant d’un désir de répondre à ces problématiques sociales et urbaines qu’à la mise en place d’une nouvelle approche professionnelle dans une perspective scientifique et technocratique. L’ensemble Benny Farm, construit par la SCHL pour les vétérans qui fait actuellement l’objet d’un plan de réaménagement et de rénovation suite à un processus de consultation populaire exemplaire, illustre ce type d’intervention.

Les Habitations Jeanne-Mance, située au cœur du centre-ville Est de Montréal, est pour sa part un exemple unique d’application des règles des CIAM. Il s’agissait en effet de conserver une forte densité de population qui comprend des tours d’habitation, disposées au centre d’un parc de verdure.


Harold J. Doran, Benny Farm, Montréal, quartier Notre-Dame-de-Grâce, 1946-1948. Tiré de ABC, juillet 1947.



La solution offre ainsi un environnement plus dégagé mais qui reste néanmoins fortement compromis par la présence de stationnements. Une originalité des Habitations Jeanne-Mance vient toutefois des édifices plus bas, au traitement architectural plus conventionnel, que l’on souhaitait mieux adapté que les tours aux familles nombreuses. Cet ensemble, aussi connu sous le nom de plan Dozois, correspond, par ailleurs, à l’esprit du renouveau urbain (Urban Renewal) qui a cours à cette période dans les grandes villes américaines. Comme tel, il correspond à une volonté politique de démolir des quartiers jugés insalubres au niveau de l’hygiène et, dans ce cas-ci, au niveau de la morale puisqu’il s’agissait du Red Light de la ville que l’administration municipale tentait, depuis des années, de contrôler.

L’histoire des logements sociaux à Montréal devrait inclure Habitat 67 dont on a prétendu à l’origine qu’il s’agissait d’HLM, mais il est difficile d’adhérer à cette affirmation, puisque l’édifice est depuis toujours associé à un certain luxe. Du moins, a-t-il l’avantage de montrer que la recherche technique n’est pas étrangère aux préoccupations d’une architecture sociale.

Rother, Bland, Trudeau, urbanistes consultants, Greenspoon, Freedlander, Dunne, avec Jacques Morin, architectes, Ian Maclennan, consultants, Les Habitations Jeanne-Mance,  1960.

 

Quoi qu’il en soit, ces expériences jusqu’aux années 1960 éclairent sur l’une des vocations des interventions publiques en matière de logement social : infléchir, accélérer ou contrôler le développement de la ville. Néanmoins, le renouveau urbain –comme fait social aussi bien que comme réalité environnementale globale - suscite de plus en plus de critiques. Les architectes s’impliquent dans ces mouvements contestataires. Des Groupes de ressources techniques (GRT) se mettent en place pour aider les populations à faible revenu à améliorer leur habitat. Les interventions incluent la rénovation des bâtiments et les constructions nouvelles. Un parti-pris pour la modestie fait en sorte que cette architecture ne rivalise pas avec celle des salariés qui ne bénéficient pas toujours des mêmes appuis. Intéressante a priori, cette position morale –aux antipodes d’Habitat 67- porte tout de même le risque d’un nivellement vers le bas. En plus des GRT, des coopératives d’habitation permettent de maintenir des populations dans leur quartier et d’assurer la survie d’édifices anciens. La coopérative Milton-Parc, la plus grande du genre en son temps, en est l’exemple le plus connu.

Coop Milton-Parc, Montréal. Projet de coopérative et de sauvegarde du quartier réalisé en réaction à un vaste projet immobilier.

Moshe Safdie, Habitat 67, Montréal, Cité du Havre,
1965-1967.

 

C’est dans ce que contexte que la Ville de Montréal a pris en charge la construction des logements sociaux aux cours des années 1960. La tension entre la modernité de la rénovation urbaine et la sauvegarde de milieux existants est un élément important des politiques de son principal administrateur, Guy R. Legault. L’un des premiers projets clés réalisés sous sa direction est celui des îlots Saint-Martin dans le quartier de la Petite-Bourgogne (au sud du centre-ville) qui s’est valu une médaille Massey. Lorsqu’on le compare aux Habitations Jeanne-Mance, les différences relèvent du projet critique : le plan d’ensemble tient compte de résidences victoriennes existantes qui sont conservées; les nouvelles constructions sont de la même hauteur que ces résidences et leur esthétique s’en inspire, faisant de cet ensemble un exemple de post-modernisme avant l’heure. Par contre, le projet reste hybride. Il est construit sur une dalle de béton qui isole l’ensemble et il procède d’une reconfiguration de l’îlot qui s’apparente aux projets semblables depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Cet effet de coupure des logements sociaux ont par la suite été diminué par les interventions de la Ville de Montréal qui a essaimé ces édifices dans différents quartiers (au lieu de les concentrer) et qui a même procédé à la rénovation de plusieurs édifices résidentiels existants, donnant un second souffle à un patrimoine modeste. Ainsi, bien qu’il existe des quartiers plus défavorisés que d’autre, on peut dire qu’il y a une tradition à Montréal d’éviter les effets de ghettoïsation des logements sociaux.

 

 


Ouellet, Reeves et Alain, Îlots Saint-Martin, Montréal, Quartier la Petite Bourgogne, 1968.


 

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Laboratoire d'Étude de l'Architecture Potentielle